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Bandit le voyage le 31/01/2018 à 23h40

Le voyage
Quand le jeune mit les pieds sur le bateau, il n'osait pas retourner sa tête pour un au revoir qu'il avait promis, résignait à se voiler l'esprit et oublier un passif méchant, il revoyait sa faille un par un, mais son père tenait une part importante dans ses méninges en effervescence.
Mounir ne sentait pas le temps passer, c'était par le son de sirène du bateau annonçant le levé d'ancrage que notre homme crut réellement qu'il partait en France.
Le dandinement et un léger mal de mer déstabilisèrent le jeune que le sommeil commençait à le surprendre, il secouait ses épaules, ses jambes pour se tenir éveiller car la durée de la traversée ne dureront pas moins de deux jours.
De rêve en somnolence, le pari n’était pas gagné, il pensait à ses camarades à ses ascendants, il se réinventait des situations impossibles à résoudre quand il ne revenait pas à ses dominants misérables entrains de se transformer en bonheur.
Mounir très stressait voyait son oncle comme un ange venant du ciel, il se remémorait les dires de ses parents le trainant de méchant, nerveux et associable. Un tel personnage ne pouvait coller à mon oncle Mohand se disait-il. De toute façon je ferais avec lui des rapports cordiaux, amicaux à la mesure de cette aide désintéressée envers moi, je rétablirai de bons liens familiaux, A Dieu la haine, murmurait-il.
Un rugissement du bateau décrocha le voyageur de ses chimères, il annonçait une arrivée proche, une autre opinion d’urgence devait l’habiter un moment, le temps de se préparer à descendre, de se faire une image nouvelle de son futur protecteur, dont, il ne se rappelait plus les contours de sa silhouette.

Accueillit sur le quai du port de Marseille par des embrassades à ne pas en finir, l'oncle providentiel était rayonnant, tenant fortement le bras de Mounir éblouie par ce nouveau monde, ils se rendaient immédiatement dans un fastfood pour lui offrir le premier sandwich de sa vie d'émigré.
Mohand se rappelait soudainement un passé tumultueux, son empressement à voir son neveu avaler sa dernière bouchée afin de le harceler de questions sur la famille et le village.
Le dialogue ne coulait pas de source, Mohand arrachait les bribes de réponses presque toutes incomplètes dues au fait de l'émotion de Mounir.
Le bras sur l’épaule de son neveu, ils se dirigèrent vers la gare ferroviaire après avoir pris soin d’acheter un billet pour Mounir, lui, il avait payé un aller et retour depuis Paris. Quand il osa une question sur la sensation de fouler pour la première fois la terre Française nourricière, c’était par hm inaudible qu’il répondit, ce qui agaçait un peu son oncle de crainte d’avoir affaire à un homme craintif et associable, mais il tut ses appréhensions et ils continuèrent le chemin dans en silence complice.
Deux bonnes qu'ils partagèrent les arrêts et la course folle vers la capitale. Mounir contemplait tous ceux qui lui tombait sur son champ de vision. Ébloui par des jardins fleuris, des carrés d'arbres fruitiers, de vaste plantations de vignes, il songeait au terrain parental escarpé et caillouteux. Chaque fois qu'une ville se dessinait au loin et que le train siffla pour la énième fois, Mounir jetait un regard furtif sur son oncle pensant à une fin du trajet et leur arrivée à Paris. Il retourna vers son passe-temps du moment, l'appréciation du paysage, cette fois-ci les châteaux attirait son attention par la beauté, la grandeur et la superficie des constructions pouvant abriter un petit village de sa contrée natale.

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Le jeune âge de Mounir le minorait parmi les compagnons de chambre, il logeait avec des camarades Plus âgés que lui dont il ignorait totalement leurs occupations, mais il constatait un enrichissement trop rapide à ses yeux.
Chaque nuit, ils rentraient plein les poches et les sacs. Les méninges du jeune homme bouillonnaient d'avoir en face des gens sans mérite et qu'il dépassait en tout angle qu'en voudrait bien voir une quelconque supériorité. Rien, si, une, le courage qu'il décida de s'en armer.
Quand les discussions s'animaient et que Mounir osait une question ne rentrant pas dans les usages relationnels, adulte se prétendant hautain et un jeune sans expérience de la vie ni d'affront de situations difficiles

1-La naissance le 31/01/2018 à 23h16

Ouvrir les yeux sur des horizons illisibles mènera inéluctablement vers des situations improbables, voire difficiles. C'était dans les années quarante que la famille de Mounir vivra des événements que d'aucuns appelleraient inhumain ; la misère, les maladies et la peur des agressions répétées des dominants du moment qu'était l'administration coloniale sous traités par les supplétifs autochtones.
C'était dans cette chaumière noircie par la fumée que Mounir vit le jour. Sa mère souffrante de malnutrition, fléau de ce siècle de guerre sans fin, peina à ingurgiter tasse sur tasse de lait offert par la voisine pour la circonstance. La mitoyenne généreuse ramena aussi une poignée de lentilles qu'elle partagea en petites parts pour soupes coulantes, productrices de lait maternel, seule nourriture pour son bébé, sans substitut.
Les regards des femmes présentes à cet événement étaient braqués sur le bébé, et à qui devinerait la première. si l'enfant était un garçon, dans ce cas, la parturiente avait une bonne prémonition de richesse et de force. Dans l'autre cas, elle était vouée aux génomiques de l'entourage l'accusant d'un mauvais présage ; La fille n'apporte ni force ni richesse et sujette à de nombreux tabous dévalorisant la famille.
Cette attitude culturelle envers les filles par les parents prenait naissance depuis la nuit des temps où le respect humain se détachait à peine du comportement de l'animal. Ses tares venaient de ses faibles capacités à travailler les champs, à se défendre en cas d'attaque ou de guerre. Le travail et la défense seuls critères en ces temps de disette - dans certaines contrées pas si lointaines_ ils les enterraient vivantes dès leurs naissances.
Na Sadia, deuxième prénom qu'elle portait, n'avait pas eu d'enfance heureuse, son père émigré ne l'ayant pas vu naître. Il ne donna signe de vie que quand Sadia courait sa deuxième année. La mère puisait un moyen d'existence du petit lot de terrain qu'ils avaient seul héritage familial , mais il ne pouvait subvenir à leurs besoins primaires survivre. Le maigre pécule qu'elle avait mis de côté pour les moments difficiles s'amenuisait de jour en jour, dans l'attente d'un renflouement par le mari perdu, une attente qui tarda à venir.

Le mariage de Sadia n'était pas dans la normalité de la contrée en matière de coutumes ou les alliances se faisaient pour renforcer le clan familial, dans son cas, l'intérêt matériel primait, celui de se recaser très jeune signe de pureté, de reconnaissance des valeurs conservatrices des deux contractants. Une autre contrainte et pas moindre tout jeune garçon ayant l'âge de la puberté doit impérativement se marier. La fille, elle doit attendre un prétendant et s'il ne venait pas toutes les malédictions tomberaient sur elle.
Un couple, fabriqué par les parents des conjoints, ignorant totalement les affinités des uns et des autres, se retrouva fatalement dans l'impasse. L'incompatibilité d'humeur ajoutée aux difficultés journalières brisa cette union dans ses premiers mois malgré la soumission totale de Sadia à son mari et ses ascendants. Cette situation créa un consensus d'attente de la naissance de Mounir pour clarifier les positions de cette alliance forcée et aboutir à une résolution malheureuse de divorce.
Mounir ne tarda pas à exprimer ses intentions à la vision d'un monde qu'il pensait doux et tolérant. Il lança des cris stridents sans interruption. La matrone en connaisseuse de telle situation le prit entre ses bras et lui marmonna à l'oreille quelques paroles dont elle était seule à posséder les sens. Un petit massage à l'huile d'olive puis, elle passa à son ballottage faisant de ce bout de chair une momie vivante.
Na Titem déposa Mounir dans les bras de sa mère, lui ajusta le sein que le bébé chercha vainement, l'instinct le lia encore une fois à la source physique de sa mère, il y prenait du plaisir, ses poumons donnaient le signe.
Elle se leva péniblement, Djida la voisine lui tendit une carafe d'eau, elle rinça sévèrement ses mains et la vida le reste dans sa gorge profonde. La première action envers le bébé se termina ainsi dans la joie et le bonheur exprimés par un attroupement de femmes du village venant s'enquérir de l'événement. Les youyous fusèrent de partout.
Na Titem la matrone s'appropria une pause bien méritée, remercia Dieu de l'avoir gardé en bonne santé pour son utilité aux personnes dans le besoin. Elle débita silencieusement quelques bonnes paroles poétiques de cheikh Mohand Oulhocine, regarda affectueusement Sadia dans un état de souffrance pitoyable et lui fit signe amical, qui voudrait dire aussi qu'elle s'en occupera tout de suite. C'était dans un petit sac en tissu que le nécessaire à la prise en charge de la parturiente avait été présenté. Elle plongea sa main et retira un ruban rouge en tissu épais qu'elle vérifia minutieusement.
Sadia se releva, aidée par Djida, toujours prête pour le rituel de bénédictions prônées par la matrone sans attendre, elle déroula le ruban qu'elle roula majestueusement autour de la taille. Une opération qui permettra au ventre de reprendre sa position initiale.
Na Titem vieille femme, sage, expérimentée et marraine d'un grand nombre de villageois, elle répondait à toutes les femmes en détresse qui lui faisaient appel. Ses mains expertes, ses paroles douces et ses remèdes souvent soulageant. Une stature imposante faisait d'elle une notoriété reconnue.
Le petit Mounir retrouva ainsi une chaleur, un réconfort et quelques mouvements de gymnastique auprès de Na Titem, elle venait à lui plusieurs fois par jour quand elle n'était pas appelée ailleurs. Elle soulageait aussi sa mère pour les soins qu'elle lui donnait. Sadia reprenait en main sa nouvelle situation de personne fragilisée par l'accouchement et Mounir comme une charge supplémentaire, mais très importante pour son rang social.

10- Le champ le 31/01/2018 à 23h36

Mouloud vivait complément la nature, d'abord elle lui donnait tout ce dont il avait besoin ensuite un peu poète dans ses moments perdus. Les arbres, les herbes et les fleurs, les animaux et les oiseaux l'inspiraient dans sa façon de travailler de se reposer.
Dans son champ d'une grandeur de deux labours d'une paire de bœufs, tous les jours un chacal dont il avait fini par se réconcilier avec lui, n'attaquait plus les bêtes même quand elles étaient seules, le temps pour le berger de se rendre à la maison s'enquérir de la santé d'un membre alité.
Quand Mouloud se détendait pour souffler un peu pour reprendre ses forces sur une pierre que son grand-père avait taillée et posée pour la circonstance, elle était toujours là à le recevoir, il en faisait une observation minutieuse des lieux.
De ce coin à l'angle de sa propriété, il scrutait le moindre changement dans le tableau tout en nature se mouvant tel un orchestre dirigé par un grand maître, le chant sublime d’un chardonneret en balade mêlait au bêlement de moutons dans un champ voisin.
Une symphonie entre coupées par un cri strident d'un groupe de perdrix se sentant menacée avec leurs voles fracassants, don du ciel qui faisait peur à des éventuels prédateurs. La parcelle où longeait dans sa longueur un petit ruisseau alimentait par une source intarissable, même pendant les rudes étés.
Le champ de Mouloud ne restait jamais friche, bien engraissé par les rejets de l’étable de voisin lui déposait de la bouse de vache. Un terrain nourrissant pour l'homme, les animaux domestiques et sauvages. Quand il prenait le temps de réfléchir à ce contraste de belle vie que menaient les oiseaux, le renard, le lièvre et le merle. Le lièvre lui qui ne montrait que rarement son museau et la vie qu'il menait loin de tous les regards. Le constat était alarmant pour Mouloud, il les enviait en mourir de tristesse.
Ne disait-on pas ? la faim justifie les moyens, à défaut de grives on mange les merles
Le merle vêtu d'une robe noire au bec jaune descendait et remontait le petit ruisseau en lançant des choc-tchoc.Le ramage très agréable faisait de lui le meilleur chanteur autour du champ. Cet oiseau appelé souvent le noir était un bon guetteur, il donnait l'alerte sur tout animal sauvage se rapprochant du champ de Mouloud.
Ce jour-là, en piégeur cet oiseau sublime pourrait faire l'objet de sa convoitise. Il manquerait à son comportement de bon voisinage. Il posa un rets sur les passages de l'oiseau dans l'espoir d'en faire un bon repas pour son petit Mounir.

11 - Sur le sentier de la fontaine le 31/01/2018 à 23h38

Sur le chemin de la fontaine Sadia était interpellée de toute part, se souciant de sa santé pour les unes par curiosité pour les autres, elle était devenue la femme jour. Mettre au monde un joli poupon et survivre , elle et son fils étaient une prouesse et une aide accrue de Dieu. Laissant le petit Mounir dans les bras de sa belle-mère, elle se figea devant un miroir ne renvoyant que peu le visage buriné par un amaigrissement des joues qu'elle avait bombées, elle observa les creux de ses yeux titrant au bleu, elle ne se reconnaît plus.
Elle enfila sa meilleure robe, les chaussures, cadeau de son frère qu'elle ne mettait qu'aux grandes occasions. Aller à la fontaine après une absence de deux ans, un événement où elle prenait soin de bien préparer.
Un œil complice au petit un regard furtif à sa belle-mère, la cruche sur la tête, elle ouvrit la porte extérieure en dégageant les battants.
La voilà sur chemin sinueux de thalla. Ses premières impressions étaient bizarres, son esprit naviguait dans cette nouvelle position de jeunes mères et les conseils de la belle sur deux femmes Ouerdia et Halima qu'elles trouveraient sûrement sur son passage, elles critiquaient par jalousie et sans raison la famille Mouloud, elles disaient de Sadia, maladive, fainéante et irrespectueuse de ses vieux.
La tête bien droite pour une bonne assise de la cruche, les yeux vigilants à la recherche de tout ce qui pouvaient l'enlever de cette solitude, mais les ronces à la floraison enchantaient notre bonne femme quand surgissait comme sous terre sa meilleure amie Fadhma, confidente et secrète, elle lui faisait part de ses embrouilles avec sa belle famille et ses voisines quelques fois et bien d'autres soucis qui ne manquaient de lui noircir la vie. Elles discutèrent longuement de l'accouchement et du bébé.
Elle ne se pressa guère d'arrivée ni à thalla ni à la maison. Fadhma opta finalement de l'accompagner pour prolonger la discussion et l'aider à répondre aux questionnements des personnes dans le grand rassemblement devant la fontaine en attendant le tour.
Les cruches devant elles, les commérages reprenaient de plus belle, par groupe selon les convenances. Quand une femme voulait porter à la connaissance de tous, ce qu’elle voulait dire, elle haussait sa voix donnant presque un ordre de mettre les leurs en sourdine, si c’était une phrase confidente c’était à l’oreille qu’elle serait chuchotée.
Dans des histoires racontées dans cette fontaine, Sadia avait retenu une, très marquante, elle ne la quittait pas de son esprit. Il s'agissait de deux familles dans le village voisin que le diable habitait.
C'était un samedi jour de marché hebdomadaire les honorables chefs de famille s'affairaient à répondre aux besoins du ménage en nourriture et autres marchandises essentiellement utiles, les vêtements, les sandales et l’huile pour la quinquille.
Djida la stryge souffla à son mari Dimah l'arrivée des beaux parents de son frère Yala, elle lui ordonna de saupoudrer la cour d'un sortilège qui rendra la famille de Foudja pauvre et turbulente tandis qu’il fera de nous des moins pauvres que nous le sommes. Ta présence empêchera cette action ordonna-t-elle, il faut se prémunir de sel en cas de réussite de leur néfaste geste inamical envers nous celui du saupoudrage.
Querelles de belles sœurs, Foudja avait effectivement instruit sa mère de manigancer une diablerie qui puisse mettre en alerte le couple adverse, le mari plus audacieux le fourrera entre les roseaux servant de délimitation, de façon être moins visible mais trouvable si on y mettait un peu d'attention.
Après le passage des invités une inspection minutieuse de la clôture par Djida lui faisait découvrir une preuve irréfutable d'agression par talismans interposés. Des cris, des pleurent s'en étaient suivi avec une pluie d'insultes a l'égard des invités, la riposte était immédiate entraînant un brouhaha où chaque roseau vibrait de ses voix.
Les deux mégères satisfaites de leurs méfaits passèrent la nuit à préparer d'autres intrigues machiavéliques dans l'espoir de mieux consolider sa machine de guerre d'usure afin d'affaiblir son mari pour devenir maîtresse incontestée de son foyer et par la même occasion faire détester la voisine.
Quand les femmes entendirent la canne du vieil Amokrane heurter les petites pierres macadamisant le chemin qu'il empruntait pour venir à thala, elles mirent leurs voix en sourdines toutes prêtes à l'écouter.
Amokrane le plus âgé de toute la contrée était chargé par le comité de village de veiller à la propreté et d'interpeller les hommes qui s'approcheraient de la fontaine.Dans ses visites, il ne manquait jamais de prodiguer des conseils, des paroles moralisantes et bien d'autres faits vécus.Après les politesses d'usage à l'endroit des femmes, il leur disait :
- que faut-il dire de Thala, c'est une source de vie ? Combien de femmes s'étaient rencontrées et avaient tissé de liens bénéfiques à tous, je ne parlerai pas de sorcières aujourd'hui. Combien d'histoires et de fait, racontaient au bord de ce lieu mythique et vénéré, qui avait construit notre histoire.
Cette source dont du ciel répond d’elle-même par son liquide précieux pour étancher la soif, éloigner les acariens rodant tous les jours autour de l’humain et laver toutes saletés porteuses de maladies.
Elle avait aussi ce don de garder le secret au fond de ses entrailles où seules les personnes qui pouvaient interpréter les bruitages d’eau retournant vers la source arriveraient à décrypter le contenu, mais là, il fallait une présence d'esprit éveillé et un certain savoir artistique, elle inspire les poètes. Thalla est lieu d’adoration des femmes du village pour son nombre de souvenirs relatés sans souci d’être éventé.
Le doyen du village reprit sa canne dans sa position utile sans regarder en arrière, il reprit le chemin de sa venue laissant les femmes à leurs aises.

12- Que dois-je faire ? le 31/01/2018 à 23h39

Mouloud disait à femme, le temps commence à se rétrécir autour de moi. La mère un peu amère par ses yeux dévorants ne comprenait pas que soudainement son fils chéri prenait conseil de sa femme ignorée jusqu'à maintenant. Un grand bouleversement se dessinait chez l'homme, chef de famille. Ce ripage mal contrôlé entraîna un grincement non audible des dents des deux femmes, quant à Mounir s'accrochant vainement au burnous de son père qu'il fit tomber plusieurs fois. Est-ce que c'était énervant de faire ses petits problèmes à son père dans ses moments tendus ? C'était un dérivatif utile pour tous, il donnait le temps de mieux réfléchir à la sortie de cette escarmouche triangulaire. Pour cette fois-ci l'innocence avait sauvé la face à chacune.
En décidant de mettre fin à la discussion, Mouloud en homme apaisé termina par un sourire complice à usages multiples, sous la forme d'un message à chacune d'elle. Ses gestuelles faciales ne laissèrent guère indifférent ses interlocuteurs, très expressifs, elles portèrent l'apaisement indispensable à l'harmonie de la petite smala.
Cette situation préluda des achats qu’il devait faire au marché hebdomadaire. Avec ses maigres ressources, il ne pouvait satisfaire sa femme pour l'achat d'une robe dont elle souhaitait la possession depuis belle lurette. La belle-mère proposait à chaque fois une alternative d'achat plus utile pour l'ensemble, si le besoin était réel la motivation était autre. Na Fetta n'avait d'yeux que pour ses deux hommes de la maison, Mouloud et Mounir, le reste n'était que décor. Cette façon d'appréhender la vie faisait partie d'un héritage de tous les temps dans notre contrée.
Mouloud sorti de la maison, tout confus, il ne saurait comment cette journée porterait sur son comportement déstabilisé dès la première heure. Le mieux était peut-être d'aller au champ au lieu d’affronter un marché grouillant de monde, il fallait, avoir la forme pour marchander avec des vendeurs commerçants jusqu'au bout des ongles et parler avec des gens qu’il ne voyait que les jours de marché hebdomadaires. La réflexion s’écourta le temps de voir ses réflexes et ses habitudes prendre le chemin de la raison : aujourd’hui, c’est, jours de marché se disaient -il, il faut y aller.
Une décision sage que tout responsable de famille devait prendre, il secoua sa chéchia la frottant à sa main, il l’ajusta sur sa tête donnant ainsi un signe de départ vers le marché hebdomadaire. La route fut longue de problèmes qui remontaient sans cesse et qui sur son passage heurtaient la gorge sous forme de boule, mais l’effort demandé pour arriver parmi les premiers au souk l’aidait un tant soit peu à emmagasiner moins de soucis.
Il pressait les pas, mais un villageois plus athlétique le rattrape, lui tape sur l’épaule et le libéra de songes mal construits, ils continuèrent ensemble le chemin dans la bonne humeur.
Le souk d’aujourd’hui bruyant plus que d’habitude annonçait une riche exposition de grande variété de produits et peut-être à des prix abordables pour la petite bourse de Mouloud.
Un arrêt devant une table où s’étalaient des rouleaux d’étoffe de soie genre prisé par sa femme, il fixait à mordre sa langue sur un morceau de huit mesures que lui proposa le vendeur l’air pressé de s’en débarrasser, un morceau certainement marchandé et trop manipulé par des paysans qui zieutaient plus qu’ils n’achetaient. Il passa par-dessus les probables remarques de sa mère et plongea sa main tremblante dans poche et retira la somme qu’il tendit au vendeur s’en pressant de la mettre dans la caisse puis emballa l’étoffe et le remit à Mouloud, enfin libéré d’une contrainte. Il reprit le chemin du retour sans regarder ni à droite ni à gauche, l’air content de s’acquitter d’un devoir conjugal.
La mère assise sur un tapis derrière la maison guettait l'arrivée de son fils, elle préparait deux éventuelles ripostes par un visage assombri ou une longue chamaillerie dans le cas d'achat d'une étoffe à sa femme, quant à sa conjointe habituait aux fausses promesses elle daigna faire propre le devant de la maison, les nerfs en boule.
Les tirs scabreux attendaient notre homme dès son entrée dans la vision transperçante des deux femmes.
À pas feutrés, une marche sur la pointe des pieds, Mouloud entama la descente aux arènes, il voyait sa mère rugir de visage et vociférer sur son fils non point sur l'étoffe mais par diversion sur un autre sujet débattu depuis longtemps et qui semblait résolu en faveur de la vieille.
Il interpella sa femme lui remis le paquet, elle s’empressa de disparaître laissant sa belle-mère à son destin et face à sa progéniture. Un silence sidéral glaça le climat relationnel, l’amour filial disparaissait laissant place au désarroi.
Mouloud à l’étroite ne savait plus quoi faire, une idée parvenait subitement à l’esprit qui consistait à renouer le dialogue avec son frère rompu depuis un bail. S’adresser à son frère avec un passif turbulent n'était pas facile, il fallait s’armer de courage et de patience et puis, qui pouvaient deviner la réaction de Mohand ? Elle pouvait être brutale et méchante tellement la haine tissée par sa femme et certaines personnes ne vivant que de commérages destructifs de toutes relations et bonnes conduites de l’entourage.
De quel côté le soleil s'élevé ce matin? c'était en ces termes que Mohand saisissait la missive du frère qu'il avait oublié. Étonnement et surprise inondèrent son esprit, il demanda au facteur de la lui lire, chose qu'il refusa.
Il claqua ses savates et fila chez l'écrivain du village. Un vieux assis sur une chaise chancelante, les coudes bien posés sur la table, un encrier et une plume semblaient le narguer, les feuilles volantes bien rangées sur l'autre bord de son pupitre, ils n'attendaient que Mohand qui venait de rentrer.
Le vieux grimaçait une gestuelle, sa façon de recevoir ses clients qui semblaient assiéger par cette nouvelle intrigante, il connaissait parfaitement les habitudes des villageois," Ils se pressaient quand il fallait s'appesantir sur la circonstance".
L'homme de plume invita le venant à s’asseoir en face de lui tout en lui tendant sa main pour recevoir le courrier . Il survola les écrits puis disait à voix basse et bien épelée : votre frère un homme formidable, il s’arrêta un instant pour voir la réaction de Mouloud qui avait tiqué mais sans réagir, il attendait la suite.
Votre frère est prêt à accueillir et prendre en charge son neveu, ton fils, qui peut le faire en temps de disette ?
Il se dépêcha de rejoindre la maison pour annoncer la nouvelle à sa mère en première, car pour les grands événements, la primauté revenait toujours aux plus âgés, Il ferait part ensuite à sa femme pour dégager la meilleure voie à suivre et obtenir un consensus, l'avenir de leur petit était en jeu.
Mounir avait observé les pas pressés et l'allure embarrassée du père, il soupçonnait, quelque chose de notable habitait son père. Il suivait discrètement pas à pas en faisant des efforts d'appréciation de la cause de cette attitude bizarre. Laissant le temps à l'information de faire le tour, il se présenta devant son père l'air interrogatif.
Le père tourna plusieurs fois la langue et dit : ton oncle a répondu favorablement à ta demande, alors soit homme, prépares-toi pour partir et n'oublie jamais tes mauvaises années, que tu as passé ici malgré notre acharnement à améliorer notre quotidien.
L'intérieur de Mounir bouillait de joie et d'amertume, il ne savait s'il devait pleurer ou rire, il remercia son oncle et son père avant de s’éclipser et trouver un lieu isolé pour digérer l'annonce.
L'ambiance dans ce petit foyer fut bouleversée par le départ imminent de l'enfant prodige, le temps de se faire la raison, le père et le fils s'étaient resserré les liens, il fallait chercher la somme pour payer le voyage et de quoi subsister jusqu’à l'arrivée chez l'oncle providentiel. La mère offrit le seul bijou en argent qu'elle possédait, le père mettait en bail un morceau de terre.