Arezki

Réuni autour du kanoun ce soir d'un hiver rigoureux, Mouloud redescendait de sa fente et s'asseyait en retrait de la chaleur que dégageraient les braises ardentes.

Yennayer

         

    Cette semaine Na Fetta s'affairait à préparer une des fêtes que les Ath Ali Mohand considéraient comme étant les portes du bonheur et de la prospérité, tous les matins elle prenait soin de sa volaille composée de sept poules et de deux coqs.

       Elle vérifia comme tous les soirs si ses deux brebis et sa chèvre, attachés ne s'entre mêlaient pas. Elle ramena un fagot de bois qu'elle posa à portée de main pour faciliter l'entretien du feu dont les braises n'étaient complètement pas éteintes.

       Mouloud de retour de son champ, fatigué, il s'allongeait sur la fente, coin de la vieille, il lui était généralement réservé, son lieu d'observation idéal pour avoir l’œil sur tous ce qui bouge.

       Réuni autour du kanoun ce soir d'un hiver rigoureux, Mouloud redescendait de sa fente et s'asseyait en retrait de la chaleur que dégageraient les braises ardentes. Sadia mettait, sa dernière touche à ce dîner tardif, elle y goûtait pour connaître si elle devait ajouter ou pas du sel. La notoriété d'une jeune mère de famille se mesurait sur certains détails culinaires.

       Ce jour là c'était Yennayer chez les Ath Ali Mohand. Le premier jour de l'an du calendrier agraire, la contrée le fêtait chaque année avec un dîner copieux, un coq mélangé à la viande séchée et des légumes secs. Na Fetta avait élevé deux coqs pour l’occasion, deuxième sera offert pour sa fille. En dégustant ce copieux repas, Mouloud engagea une explication sous le contrôle de sa mère sur la célébration de ce jour. Ils décidèrent de ne pas opérer la première coupe de cheveux de leur enfant Mounir comme coutume. Mounir
-La saison semble prometteuse, osa Mouloud à l’endroit de sa mère qui connaissait parfaitement pour avoir vécu toute sa vie dans son jardin nourricier.
- Que Dieu nous renouvelle chaque année ce genre de don et nous donne la santé.

         C'était la première prise de parole autour d'un grand plat de couscous. Sadia en posant les cuillères  haussa sa tête, un signe d'expression voulant dire, si la saison était bonne, elle, ne sentait pas l'humeur changé en sa faveur, le duo mari belle-mère l'inquiétait fortement. Le plaisir de vivre lui revenait à chaque fois que les regards s'échangèrent avec Mounir, elle sentit une complicité, elle voyait dans son visage lumineux tout un ensemble s'éclaircis sur les chemins de son existence.

        Pendant que le duo bavardait sans interruption ni attention, même envers Mounir qui bruyamment soutirait de leur occupation les présents à ce dîner du premier jour d'année. En plus des fées et des anges la maison était habitée par une couleuvre en hibernation pour le plaisir de quelques souris prête à prendre la relève quand le chat bien âgé somnolait auprès du feu. Une vie intense et harmonieuse dans cette maison donnait l'air des équipes actives en se répartissant le temps sur vingt quatre heures.

        Le cliquètement des cuillères se heurtant tantôt au grand plat pour les avoir trop enfoncées tantôt aux contacts avec les dents pressées de les préparer à la digestion. L'estomac n'en faisait que demander.

Mounir déjà grand, sautait sur les genoux de son père en chantonnant un air et dans un langage que seul lui connaissait. Il faisait des aller et retour entre son père et Na Fetta sa grand mère, il servait de lien et de cause de première prise de parole quand l'ambiance se refroidit. Enfin un centre d'intérêt ou quelquefois par des remarques métaphoriques, Mouloud faisait passer à travers lui des messages à sa femme, de coutume ou de pudeur, Ils ne se parlaient pas devant les gens. Na Fetta l’utilisait aussi quand elle lançait des piques à ses interlocuteurs virtuels.


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