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La vivacité chez le àarch voisin

La vivacité chez le àarch voisin

Bouzeguène, le fêtard conglomérat
Ou le marasme ambiant.

Le marasme ambiant, l’été bat son plein et le soleil est au zénith. Là où le temps est souvent bien compté(conté), on serait avec Morphée s’en étant accordé une bonne sieste qui annihilerait puis restaurerait au réveil les froissements de la nuit où l’on a dormi par bribes comme dans un film à épisodes incalculables, là où les anophèles agissent sans entractes en commettant leurs forfaits et les feux de forêts environnantes nous « arrosent » d’un zéphyr-sirocco qui sèchent les langues et les « gosiers »,la bouche fermée.
Ici, on ne dort pas car on raterait un évènement insolite qui ne se reproduira que le temps d’une révolution soit l’été prochain, en tenant compte du décalage temporel d’un tiers de lune quand survient le mois de carême.
Aux célébrations à grands tintamarres des mariages à tambours battants, aux fiançailles liant plus et mieux les parents que les prétendus concernés dont certains officialisent leur amour passager, ardent et inconstant comme le feu d’une grange à foin, aux circoncisions ne rappelant rien si ce ne sont les « primes au circoncis », le traumatisme conformiste et scientifique qui lui est causé ainsi que le nouveau statut d’office de la productrice qui fait la mue,ce jour, en génitrice de la race patriarcale du mari, s’additionnent çà et là des festoiements créés spontanément à l’occasion tels les réussites stratifiées aux examens, à l’obtention du diplôme après une soutenance réussie, les passages et visites cycliques des troubadours (ou guérisseurs ) nantis de bendirs, caisses à résonance et autres cornemuses et gheïtas , qui récoltent « leur dû »(dîme) en matière ou en oseille, contamination ancestrale encore honorée de nos jours de peur que malédictions s’en abattent et s’en suivent au refus. Tout ce décor festif-brouillamini engendre des communications qui font la joie et la connaissance. La société est en pleine mutation. Bien sûr ! Les villageois ne font pas abstraction de leurs multiples arias qu’ils essayent de résoudre vaille que vaille. Le fait majeur est la fermeture itérative de l’Ade, sonelgaz, la mairie et la daïra pour manque d’eau potable ou autres droits non satisfaits et bafoués. Même durant ces manifs, les citoyens y convivialisent et ce ne sont pas les sonorités qui manquaient .Les verbes, les sens et les expressions sont très fortes à l’adresse de l’amorphisme, l’inégalité, l’agonie élue ou la lenteur d’une administration atone et balourdise.
Comme si ces criées, ces agitations, ces agissements, cette béatitude, ces liesses discontinues faute d’une nécrologie temporaire qui s’y mêle de temps à autre comme arythmie, ces enchantements ne suffisent pas, Bouzeguène est une commune à haute portée culturelle .Pour vivre en parfaite symbiose, ses habitants se solidarisent dans les mouvements qui exigent l’effort uni pour générer un bonheur commun. Il n’y a pas de places aux mièvreries. La ruralité a soif et faim, elle doit en être repue, assouvie et atteindre la satiété. Les après-midi poussent les gaietés à l’extase par les klaxons et les embouteillages, conséquence d’une victoire et d’un sacre en football aux tournois inter-villages, qui font cailler la circulation entre des segments ponctués par des dos-d’ânes difformes et non-conformes, en attendant les veillées nocturnes qui marqueront leurs territoires avec leurs lots bien nuancés. J’ai souvent fait le rapprochement, la similitude, l’analogie, l’adéquation et la superposition avec les ruées d’indiens armés de Tomahawks, en quête de scalps à collectionner et agripper au ceinturon collectionnant les cuirs chevelus des têtes de victimes.
Et voilà qu’à ce train-train de jovialité et du vivre-ensemble se greffent les festi…vals. J’ai failli écrire « festivaux » si je ne m’étais remémoré ses accointances avec la punition qui m’a été jadis infligée pour avoir osé bruyamment « chacaux et carnavaux » croyant avoir bien assimilé la leçon des « al en aux ».
Ainsi à Sahel, on perpétue dans la tradition avec la fête de grande dimension d’OuKarmous. Au dernier jour des festivités, j’ai décidé de m’en rassasier. Malheureusement, mon retard aura pour moi mauvaise conséquence et je n’ai eu droit qu’aux restes : épines et épluchures.
A Houra, on n’a pas voulu laisser la fête d’’Akarmous, seule .Comme pour chercher la rime, on lui adjoint celle d’Avarnous et on l’organisa. Malgré toute la courtoisie, on me dit qu’il ne faut pas nourrir mon envie avec le faux espoir d’avoir un burnous prétextant une chaleur torride qui me nuirait si jamais je l’enfilais. Sous les éclats de rire, on m’en promit un spécimen si je décidais à le mettre si je me marierais .Attendons pour voir !
A Ihemziyène, on sait que le burnous est veuf s’il n’est pas accompagné de sa moitié qui est tout son honneur et sa force pour vaincre. Sans la robe Kabyle, le burnous est déconsidéré. Mouloud Mammeri disait: « Lorsque l’ordre dans lequel on a vécu considéré est Mort, on appartient au clan des vaincus » .Ihemziyéne ont donné à la robe kabyle sa valeur morale et l’ont plébiscitée grandement. Les grands mérites leur reviennent …Quand à mon approche, on a remarqué dans mes yeux qui scintillaient le désir de posséder cette tenue. On me coupa l’herbe sous les pieds en m’annonçant au nez son prix exorbitant qui a fait parler mon diaphragme en me hoquetant. Quelle guigne me colle au talon ?!
Plus bas, dans l’entre- deux versants, sous les yeux bienveillants de Oudriss et Sidi Abderrahmane, le sol n’est pas ingrat. Il rend le bien qui lui est fait. La terre et l’arbre récompensent la main qui les a caressés. La figue et sa commémoration atteignent le summum. Les Lemsellais, en véritables festivaliers professionnels, sont allés crescendo et ont propulsé la figue kabyle à la dimension internationale et c’est tout à l’honneur de Lemsella. Dommage, une infection dentaire m’a empêchée de goûter aux diverses, suaves et narcissiques figues fraîches.
Comme un bonheur ne vient jamais seul, figues sèches dans les poches, on a rejoint le miel et les abeilles au village Ahrik. Les organisateurs sont particulièrement à remercier pour tous les friands étalages. En plus de ce produit prisé par l’humanité, issu de la meilleure communauté terrestre apicale où les reines et ouvrières vaquent à leurs strictes tâches sans outrepasser leurs droits et répondant à leurs obligations et devoirs pour nourrir et guérir autrui en nous imposant, comme unique condition, un environnement propre et sain voulu par l’abeille, voilà qu’on est pris au dépourvu! On a organisé un semi-marathon où ont participé au concours des mères et grands-mères de famille avec leur air naturel et leur tenue traditionnelle. De bonheur, j’avais pleuré de joie et je ne m’étais pas remis de sitôt de ce beau choc émotionnel. Pour ce, j’ai aussi oublié de plonger mon index dans le miel afin de flirter avec la saveur de l’année mais j’ai été ravivé, ressuscité et rempli d’orgueil et de dignité par ces femmes qui y ont couru, concouru et conquis. Heureuses soient les paysannes écrivait Hugo pour les louer et les adjectiver.
On vint à Bouzeguène-village(Wizgane) où l’on a investi dans le théâtre en ce mois du jeûne. Pour s’aérer, la population a renoué avec cet art durant une semaine. Tout est bien joué et le spectacle était de haute volée. la communion entre les spectateurs et les acteurs était complice et fraternelle. Tous étaient sous les feux de la rampe. La scène est flamboyante et les gradins ressemblaient à ceux d’un odéon ou d’une arène où combattaient des gladiateurs. Je m’étais incrusté dans un autre temps dans les tribunes arquées en demi-cercle. Leur architecture m’a incité à songer à la suite de l’image qu'aurait complétée un méchoui tournoyant au milieu des conquérants. A une heure avancée, j’avais faim et je ne voulais pas être surpris par le muezzin ! Dommage, il manquait une commission pour le Shour !
L’automne s’annonce malgré la lourdeur d’un mois d’Août qui flambe et d'un été entier. Durant deux jours, la Bataille de Tanaimt a vécu sa résurrection par les activités qui s’y produisaient à longueur de journée à Ait- feraache qui a ressuscité l’évènement. En apothéose, des centaines de spectateurs, dans une sérénité totale, ont assisté à la soirée féérique qui a duré jusqu’à l’aube. J’ai rencontré les moussebelines et les citoyens du village brûlé que les soldats avaient attelés à leurs oliviers mais tous ceux qui y ont combattu étaient morts. Aucun moudjahid survivant ayant participé à la bataille ! C’est vrai que les citoyens de ce village attendaient de pied ferme ceux qui prétendaient, au niveau de la commune, y avoir été. J’ai été ému jusqu’à la moelle par les chants patriotiques des femmes mais, actuellement, je n’ai retenu aucun de ces poèmes envoûtants qui m’ont subjugué le long d’un trajet désigné pour rejoindre une virtuelle stèle érigée hors norme et en dehors du lieu événementiel !!. On a quand même laborieusement fêté cette victoire de la glorieuse Aln ayant eu lieu du carrefour des généraux à At-feraache malgré cette stèle promise qui ne vinsse.N’est-ce pas,Messieurs-dames, demoiselles et damoiseaux de l’assemblée impopulaire communautariste.
Même préparé dans la précipitation et dans un délai très court, ce festival de la forge d’Ihitousséne a été à la hauteur des attentes. Il a satisfait tout le monde et était bien réussi. Les villageois s’étaient investis et leur volonté était incommensurablement inégalable. On a exposé des armes et des ustensiles qui ont servi durant les guerres dès 1870. L’hospitalité était de mise, à la Tahitost. En revenant chez moi, je m’étais souvenu du besoin d’un marteau et d’un outil acéré pour une petite réparation dans mon débarras. Pour ce besoin, j’ai sollicité mon camarade , natif de ce village. Il n’en a pas ! Comme quoi ceux qui disent « ahedad our nessaï tafrout » ont eu raison si cela dépendait de mon collègue. Heureusement que trois autres gars de ce bourg ont, illico presto, réglé mon problème avec un arsenal à défier toutes les difficultés qu’ils ont étalées devant moi.
En plus de la quiétude et de l’air pur qui y règnent au quotidien, comme poussé par Archimède et attiré par un riche et excellent programme qui est mis en application en l’honneur du monument de la poésie Smail Azikkiw, je pris de l’altitude. L’espace d’un hommage et de louanges fort mérités , rendus à cet aède, donna une atmosphère encore plus détendue d’At-Zikki et ses merveilleuses montagnes, ses monts et pics majestueux nous embaument par leur oxygène (sans coupures) comme pour attester de la véracité des témoignages émis sur le poète adoubé. Dommage, j’ai acheté un ticket mais je n’ai pas gagné lors du tirage de la Tombola organisée. Ma chance n’y était pas même sur les hauteurs. Qu’à cela ne tienne, j’ai connu le poète.
Cette richesse, en attendant plus, est un arsenal dont s’arme tout Bouzeguène à l’effet de se parfaire .Tous ses villages ont le devoir de tenter d’imiter et rejoindre Iguersafène qui a surplombé les 1500 villages de la Kabylie. En étant à l’acmé, ils nous ont honorés et rendu notre fierté d’antan. Les prémisses d’autres « oscars » se font déjà sentir. Il faut de la constance, de l’abnégation et l’abolition du « faire-semblant ». Tous y pensent.
L’espace d’un moment, nous avions voyagé. C’est vous dire que Bouzeguène est ô (oh) combien fêtard. A quand une pareille ambiance hivernale. Chaque saison a ses obligations ? !
En attendant, réfléchissons bien pour qu’à la fonte des neiges, les torrents se fassent entendre et soient de plus en plus bouillonnants afin que foisonnent Tiaawinine. Elles y sont nombreuses, nous les avons vues en parapente.

Elyazid Kessi 

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