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Arezki
 

LES NON - VOYANTS A Bouzeguene

 Y a-t-il plus attentatoire pour un non-voyant que subir les affres de notre langage abject, les acerbités de nos brimades, nos brutalités et notre cabotinage par lesquels nous les atteignons involontairement ou délibérément, avec lesquels nous nous entretenons sans ménagement ni retenue ( en leur présence et absence) puisque leur existence nous est presque insignifiante.

Des poubelles déposées çà et là, des escaliers escamotés pour qu’ils n’aillent point à la norme du soulier, des fosses inutiles aux gueules béantes, des creusets de divers diamètres, des nids de poules imprévus , des flaques d’eau puante ou trouble qui jouxtent des ruisseaux non couverts venus empiéter sur le chemin carrossable pour se faire un nouveau lit, des pilonnes électriques sciés ou courbant le dos , se prosternant à embrasser les clous et boulons qui jaillissent à quelques empans de là, des trottoirs diversement squattés, interdits à toutes conformités humaines posant doucereusement le pied et pas à terre, des chaussées qui ne sont jamais réparées, antiseptiques utilisés par ceux à qui incombe cette tâche pour empêcher la prolifération des non-voyants dans les villes et les artères du bourg, des travaux entamés qui ne s’achèvent guère, des pavés glissants où s’entremêlent des carreaux cassés et oscillants servant de casemates et refuges aux fourmis, têtards et tous les vermifuges, des matériaux de construction, gravas et gravats qui jonchent, pèle-mêle, le sol boueux ou poussiéreux depuis l’antiquité, des chiens et chats errants qui vous frottent les basques et vous humectent les pans, des gens poisseuses bitumées de plusieurs couches de saletés qui s’essuient à vos épaules et à vos croupions, caresses rugueuses qui vous polissent le dos et les côtes à chaque collision administrée, sont les traquenards quotidiens que notre négligence, incompétence et « je-m’en-foutisme » outranciers et constants leur tendent au quotidien sachant que si on ne les a pas eus hier, on les aura demain.

Qu’à cela ne tienne, puisque tout ceci ne fait que de l’usure et érosion physiques dues à leurs parcours journaliers, hebdomadaires, mensuels, annuels et durant de leur vie.

Que dire alors s’ils se mettaient à rêvasser de fauteuils roulants, d’ascenseurs dans les bâtiments ou de chiens de compagnie ?!

Pourtant nous savons que leur problème majeur reste celui de la mobilité et d’accessibilité car leur intégrité physique est souvent menacée. Les sentant lents, certains chauffards d’allures pressées les abasourdissent par des klaxons stridents.Ces affront et humiliation les déséquilibrent et leur font oublier de s’accoter convenablement donc ils tombent et chutent violemment.

Quand nous leur faisons traverser la chaussée ou les aidons à trouver une adresse, nous les soumettons aux questionnaires insupportables et pénétrons impoliment leur intimité. En contrepartie nous leur demandons ce que sont leurs parents, les causes de leurs déboires qu’ils n’ont pas avoués, les motifs de leur déplacement, la composante familiale, leur arbre généalogique. Au bout du compte, nous leur donnons l’impression d’être conduits par Himmler, Goebbels et tous les « bienfaiteurs du IIIème Reich » pour une visite à Auschwitz. Pardi !

Sans abréagir, ils encaissent nos propos abaissants, abondants et calomnieux qui leur provoquent des aversions. Le non voyant en a marre d’entendre chicorer le cantabile joué tous les jours à son passage, en sérénade et en aubade. 
L’air godiche, le cœur gréseux, abandonnique, il continue son chemin, enterrant en ses intérieurs, mi- excusés, tous les bourrèlements que nous lui infligeons.
Il marche à pas calculés mais nous l’avons pris pour un passant attardé. Il est d’une politesse excessive que nous avons assimilée à un complexe exagéré.

-«Je lui refuse la main de ma fille même si je la marie à un aveugle » tonne l’ascendant de la fille à marier qui rompt les fiançailles de sa progéniture. - « Ce sont des aveugles qui lui tiennent la main » avoue l’égaré,-« Au pays des aveugles, le borgne est roi » ânonne celui qui exagère les distinctions, -« Comme si on dansait pour un aveugle » articule le zélé chef atteint de scoliose vantarde, -« Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » affirme le prétendu clairvoyant qui s’ « einsteinise » à vau-l’eau à l’adresse des vieilles du quartier et des mégères du village.-« Ô, toi qui es frappé de cécité, quel en serait ton désir ? –indéniablement voir la lumière ! »,-« L’étonnement du non-voyant à qui on remit un poulet cuit qui lui fit dire qu’aux autres on a donné le double de la ration », sont parmi les fables avec lesquelles les farceurs inintéressants affabulent ces handicapés visuels sans compter l’abrutissement des conteurs-narrateurs pour qui « le soleil aveugle », qui croient que la privation , la déficience du sens de la vue et la loucherie sont un manque de clairvoyance et que les exaltés par la passion ont un jugement aveugle , sans réflexion puisque cette passion rend encore plus aveugle.


Quels fardeaux, Lorsque les pouvoirs publics ont honte des handicapés. Au lieu de les rapprocher des besoins et des facilités, de leur ouvrir des écoles et de les loger aux proximités de tout ce qui a nature à leur être immédiatement utile afin d’assouvir, par leurs propres moyens, leurs autres sens qui sont encore valides et très développés (divers commerces, gares et stations de voyage en plus des rapports et chaleurs humaines qui leur viendraient de divers horizons, eux qui en ont été toujours privés par d’autrui quand ce ne sont pas le destin et la malchance qui s’en étaient occupé de ces privations), les « penseurs » charlatanesques des collectivités locales ferment les fabriques de balais, occultent les droits de ces privés d’images, les négligent, les bafouent , les ignorent et osent même les soustraire des listes électorales en y gardant les morts pour un éventuel suffrage à exprimer POST-mortem.
On les a poussés à « faire la manche ».
On les ensile dans des endroits situés souvent hors des agglomérations, loin du bon œil national et international, prétextant leur sécurisation.

Des aveugles lettrés ont été bousculés aux portes d’un ministère pour avoir su poliment réclamer le droit au travail. Universitaires, ayant satisfait aux examens finaux couronnés par les diplômes de licences et magisters en diverses spécialisations, maitrisant parfaitement le braye qui leur a ouvert divers horizons vu leur assiduité envieuse et leur Quotient intellectuel supérieur aux " normaux (!) " , ces émérites non-voyants sont licenciés avant d’être embauchés. Ils sont exclusivement exclus du marché du travail, eux qui pouvaient enseigner le braye, être standardistes, exercer dans les secteurs informatisés, de bibliologie, de musicologie puisque connaissant et maitrisant correctement l’outil et la matière au même diapason sinon mieux que certains chefs qui coiffent des services et départements décidant de l’avenir et du devenir administratifs des administrés.

En 2009, l’Algérie a ratifié la Convention Internationale Des Personnes Handicapés(CIDPH) qui aurait dû être plus respectée que la constitution interne du pays. Cette convention prévoit tant d’intérêts qui peuvent aider à résoudre des désavantages de ces handicapés : 
-a) 1% des postes de travail dans chaque entreprise (combien d’entreprises qui ont 100 postes ?!). 
–b) 40% de réduction du loyer. –c)50% de réduction du prix du voyage pour cause médicale.
l’Algérie n’a respecté aucun de ses engagements puisque IL n’y a eu aucune application. Pire, selon la loi 02/09 DU 02 MAI 2002 relative à la protection et la promotion des personnes handicapées, un aveugle n’est pas considéré comme un handicapé. Il est, dans notre pays, un malade chronique.

Donc, notre législateur voit que la cécité est une maladie puisque elle est souvent la résultante de deux autres maladies qui la causent que sont la cataracte et le glaucome. 
Fin calculateur, par transitivité, il décrète alors un édit qui énonce le contraire de la science.

Une maladie chronique est accompagnée d’un traitement à vie. Un non-voyant n’est accompagné que de sa canne pour l’éternité. Si la canne est devenue un médicament, nous prions notre fabricant en lois et ordonnances de modifier et compléter sa première inepte invention.

Pis encore ! Pourquoi accorde-t-on quelques postes de gardiens de Parking à certains handicapés et non à l’aveugle. L’auteur de cette anomalie bestiale n’a jamais vu que le non–voyant ne voyait pas.

Autrefois, jadis, Zik enni, il y a de cela des lustres (excusez-moi le pléonasme),comme dans un conte lointain mais ce n’en est pas un car nous ne l’avons pas précédé d’un Amachahu- préambule, on leur « accordait »900 dinars. Aujourd'hui, dans l’Algérie du pétrole, On les réévalue à 3000 dinars par mois via une Allocation Forfaitaire de Solidarité- AFS- qui, faut-il le souligner, n’est pas propre aux aveugles mais perçue au niveau des mairies par les nécessiteux de tous ordres.

La discussion fut riche et longue avec mes deux amis non-voyants,l’un ex-correspondant de liberté et l’autre ex-diplômé en droit de l'université-M.MAMMERI, qui m’ont égayé et attristé à la fois durant le trajet matinal Bouzeguène-Tizi-Ouzou qui nous a réunis dans mon véhicule. Nous avons même zappé suffisamment sur des thèmes où ils assurent que leur sexualité est des plus parfaites. Ils en sont pleinement et énormément contents puisque ils n’ont rien à nous envier dans ce domaine précis.

A les entendre narrer leur puberté et la nubilité de leurs vis-à-vis, comparativement à nous, ils postuleraient simplement à la capacité et à la puissance des Sex- symbol. Leurs verbes puissants, nets et forts,leurs attributs et leurs épithètes, respectueusement doucereux par et avec lesquels ils déterminent toutes les latitudes , les rend plus performants que des sextants. Ils voient et rapprochent mieux le virtuel du réel à qui ils font bon ménage.

Ils n’ont pas cessé de m’énumérer gentiment le palmarès de tous nos lapsus.Le dernier fut celui de leur dénomination en arabe, synonyme de « gêneur »=moua3wiq. …Du vocabulaire imparfait qui ne s’accorde pas aux humains.

Leur message pour nous est leur vœu absolu de nous entendre les appeler par leurs noms personnels et comprenions qu’ils soient uniquement des personnes en situation d’handicap. Une fois celui-ci résolu ou levé, ils redeviennent sujets normaux comme tous les mortels complets.

A l’adresse de l’état, ils formulent solennellement qu’ils ont besoin de travail permanent, rémunéré en adéquation à leur capacité intellectuelle et/ou physique au lieu de les étiqueter de pensionnaires gluants, acquérant les misérables quotients puants, de voraces carnassiers pour qui la faim n’a pas de fin et la gloutonnerie n’a pas de limite.

Ils souhaitent (malgré l’absence de M. Luther King), que soit abolie et levée l’interdiction d’ouvrir en leur nom par leurs propres moyens un compte bancaire sans tutorat obligatoire. Leur délivrer leur argent par intermédiaire est une violation d’intimité et daterait d’avant la préhistoire.

Arrivé à Tizi, j’ai acheminé mes amis vers les lieux où ils contribuent à aplanir les difficultés des autres humains en situation d’handicaps.

Je les reverrai bientôt pour d’autres briefings sur la vie, ses tares, ses excès et ses suffisances.

Ils sont partis heureux sans avoir à répondre à des questionnements trop curieux.

Pour ma part, je n’use pas de locutions dithyrambiques pour leur faire plaisir, ni par pitié ou compassion. Ils n’en ont pas besoin car leur grandeur inégalable. Je l’ai sentie et palpée pour avoir eu souvent l’honneur et la chance de les avoir côtoyés, accompagnés mais aussi comme éléments d’équilibre m’ayant servi à retrouver plus de lucidité et de bon sens.

Nota bene/

Aux dernières nouvelles, les trottoirs de Bouzeguène centre « sont couverts » de carreaux –chutes qui ont causé plusieurs fractures aux 3ème et 4ème âges, des ruptures de grossesses aux femmes venant se faire contrôler à l’approche du statut de parturiente. Ces carreaux-dalle-de sol ont transformé les rues de la ville en patinoire de Sotchi ou toutes les glissades et les salto s’y produisent, avec dommages et aucun intérêt, déjà en été. 
Que dire pour les routes givrées en hiver que de conclure que les non-voyants sont interdits de passage.

On a, encore, étréci leur champ. Putain !

El-Yazid KESSI

Bonjour Lyazid
Ce texte construit d'une façon qui ne laisse aucune excuse ni pardon à ces valetailles qui se conduisent indignement, sauvagement et aveuglement envers ses vis-à-vis que la nature a lésé en leur autant la vue, Voilà un acte de bienfaisance à leur endroit par une plume magique, ensorceleuse, narrant des anecdotes et desdits ancien collant à la peau de ce handicap. 
La lecture et la relecture, car son vocabulaire et les agencements demandent à la fois une richesse en savoir général et une maîtrise de la langue objet de mes craintes de ne pouvoir atteindre les contrevenants à la raison et au savoir-vivre ensemble. Le mérite te revient chez Lyazid, même si j'ai l'impression que tu prêches dans désert.
Les malentendants pourtant dotés de tous les sens ne prêtent plus l'oreille aux sages et aux érudits, ils s'y installent dans leurs peaux. 
Ce sujet traité majestueusement, très riche en idées, descriptif ne devrait pas laisser indifférent un être sensé, ne manquant pas d’attributs. Quant aux hommes chargés de rendre plus vivable cette portion de la terre ça fait longtemps qu'ils ont quitté le chemin du salut pour rejoindre le monde ou l'apparence intronise plus que le civisme, la morale et la piété.

Arezki Mensous

 



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